Autoportrait de Thomas Eakins 1902

À part le fait que Eakins soit présent qu'à titre d'observateur ou de participant dans les portraits de groupe, ou d’autres scènes de genre, une plus petite peinture à l'huile non signée et non datée qui semble avoir été faite à la même époque, fait partie des deux seuls autoportraits qu'il n’ait jamais peints. Lloyd Goodrich a écrit « qu'il n'est pas seulement un de ses plus beaux portraits de tête et buste, mais un document révélateur de l'homme. Dans le regard direct de ses yeux remarquables, on peut voir la force, une intelligence pénétrante, et une touche d'humour ironique ».

Principalement en raison de controverses entourant son travail, Eakins n'a pas été invité à devenir membre de la National Academy of Design jusqu'en 1902, bien après beaucoup de ses contemporains. Ce n'est que dans les années 1890 que sa réputation bénéficie d'une réévaluation positive de ses collègues, ainsi que la redécouverte de son œuvre par une nouvelle génération d'artistes et d'écrivains. Approuvé à l'unanimité comme un élu associé de l'Académie nationale le 12 mars 1902, Eakins a rapidement peint cet autoportrait et l'a soumis à l'Académie, le 5 mai, et a été accepté comme un académicien à l'assemblée annuelle, le 14 mai. Il reste le seul artiste dans l'histoire de l'Académie à devenir un associé et un académicien la même année.

Auparavant Eakins s’était lui-même inclus dans plusieurs images sportives, et dans ses portraits de grands groupes « The Agnew clinic » et « The Gross Clinic ». Plus tard il se peint vu de côté dans « William Rush and his model ». Cependant, les deux tableaux de 1902 étaient les seuls simples autoportraits.

Il est possible que la plus petite peinture à l'huile ait été conçue comme une étude anatomique ou une expérience émotionnelle qu’Eakins avait décidé de ne pas soumettre à l'Académie.

La petite taille, 510 mm par 410 mm, n’a été utilisé par Thomas Eakins que dans deux autres portraits. Sur le format frontal, il semble avoir été laissé inachevé. L’artiste a peut-être porté un chandail gris qui a été vu précédemment dans une photographie de 1895. L’étudiant de Eakins, Charles Bregler, rappelle que cette peinture a été faite en une seule séance.

Autoportrait de Thomas Eakins 1904

Avec une taille de 760 mm par 630 mm, la toile académique est plus grande que le format habituel d’Eakins de 610 mm par 510 mm pour un portrait en buste. On le voit en tenue de soirée, vêtu d'un costume sombre avec un gilet boutonné, une chemise blanche et une cravate sombre. Ses cheveux sont hirsutes et sa moustache taillée de façon inégale. Par rapport au plus petit portrait, il y a un plus grand sentiment d'espace. Bien que dans les deux tableaux, Eakins établit un contact visuel direct avec le spectateur, il peint un motif très rarement utilisé, sauf pour les sujets avec lesquels il était le plus familier.

Plus rare encore un tel accent sur la réflexion liquide de l'œil, ce qui accentue l'impact émotionnel de l'image. La pose de la partie supérieure du corps est la même que celle qu’Eakins a utilisée dans Portrait de Leslie W. Miller, peint en 1901. Sa peinture est un bel exemple de la technique mature d’Eakins « une démonstration inégalée de son contrôle absolu du milieu ». Une étude psychologique puissante, la chair et la structure osseuse sont peintes avec de petites touches de peinture fluide. Cette technique offre avec succès l’illusion que la lumière a frappé la forme, et dans le même temps la propre image de l’artiste suggère la vulnérabilité émotionnelle.

La présentation d'une expression qui a été interprétée comme une accusation et de l'amertume. L’historien de l'art Darrel Sewell a noté que le pouvoir de la peinture réside dans son ambiguïté émotionnelle, et que l’artiste à une relation plus étroite à l'intimité sympathique des femmes et qu’il est plus lointain psychologiquement de celles des hommes.