Autoportrait de Albrecht Dürer

Peint au début de 1500, juste avant son 29e anniversaire, il est le dernier de ses trois autoportraits peints. Il est considéré comme le plus personnel de ses autoportraits, et c’est celui-ci qui est devenu imprimé dans l'imagination populaire. L'autoportrait est remarquable en raison de sa ressemblance avec de nombreuses représentations antérieures du Christ. Les historiens d'art ont noté les similitudes avec les conventions de la peinture religieuse, y compris sa symétrie, les tons sombres et la manière dont l'artiste confronte directement le spectateur et lève les mains vers le milieu de sa poitrine, comme dans l'acte de bénédiction. Il est probable que Dürer se peint de cette façon dans un mélange d'arrogance et dans le désir de ce jeune artiste ambitieux de vouloir faire reconnaître son talent donné par Dieu.

Dans son immédiateté, et la confrontation apparente avec le spectateur, cet autoportrait est différent de tout ce qui avait précédé dans le genre. Il est frontal en longueur et très symétrique. Son manque de fonds classique présente Dürer sans tenir compte de l’époque ni du lieu. Le placement des inscriptions dans les champs sombres de chaque côté de Dürer sont présentés comme flottants dans l'espace. Cela souligne que le portrait a une signification hautement symbolique. Son humeur sombre est obtenue par l'utilisation de tons bruns fixés sur le fond noir uni. La légèreté vue dans ses deux précédents autoportraits a été remplacée par une représentation beaucoup plus introvertie et complexe. Dans ce travail, le style de Dürer semble s'être développé dans ce que cet historien d'art Marcel Brion décrit comme « un classicisme comme celui d'Ingres ».

Le visage a la rigidité et la dignité impersonnelle d'un masque, cachant la crise d'inquiétude, de l'angoisse et de la passion à l'intérieur.

Dans le dessin, « Autoportrait avec un oreiller » réalisé pour le Louvre vous noterez la similitude de la position des doigts de l'artiste. Bien que dans ce dessin, il montre sa main gauche plutôt que la droite. Une analyse géométrique de la composition démontre sa symétrie relativement rigide, avec plusieurs temps forts alignés très proche d'un axe vertical, au milieu de la peinture. Cependant, ce travail n'est pas complètement symétrique. Sa tête est légèrement à droite du centre. Les cheveux tombent différemment des deux côtés de son visage, tandis que ses yeux regardent légèrement vers la gauche.

En 1500, une pose frontale était exceptionnelle pour un portrait de ce type. En Italie la manière classique pour les portraits de profil touchait à sa fin. Elle était remplacée par une position de trois quarts. Position que Dürer avait déjà utilisée dans ses autoportraits précédents. La pose entièrement frontale est restée rare, bien que Hans Holbein l’utilise plusieurs fois dans les portraits de Henri VIII d'Angleterre et de ses reines. Vers la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, on avait mis au point la pose plus difficile de trois quarts, et les artistes étaient fiers de leur habileté à l'utiliser. Pour les spectateurs en 1500 et après, une pose frontale était associée à des images religieuses de la période médiévale, et surtout aux images du Christ.

L'autoportrait de Dürer est nettement plus mature que celui de 1493 réalisé à Strasbourg et de celui de 1498 qu'il a produit après sa première visite en Italie. Dans ces deux tableaux, il avait mis en évidence sa coiffure et son habillement à la mode et joué sur le beau regard de sa jeunesse. Dans la vision des étapes de la vie pendant la période médiévale, l’âge de 28 ans indique le passage de la jeunesse à la maturité. Le portrait commémore donc un tournant dans la vie de l'artiste et dans le millénaire.

L'année 1500, affichée dans le centre de la partie supérieure gauche champ de fond, est ici célébrée. La mise en place au-dessus de sa signature avec les initiales, AD, (comme abréviation de Anno Domini/An du Seigneur) de l’année 1500, lui donne une signification supplémentaire. La peinture peut avoir été créée dans le cadre de la célébration de la « saeculum » par l’érudit humaniste Conrad Celtes du cercle de la Renaissance, dont Dürer était membre.